16.06.2008

Légende

Les monts à la chevelure d’herbe pelée où poussent en bubons des semis de pierres jaunes sont séparés par de maigres ravines que gravissent péniblement en file indienne quelques arbres disciplinés. Le ciel est si bleu que la poussière est rouge et que l’herbe jaunit sous la morsure du feu qui descend du soleil. IMG_0062.JPG

La route est longue encore pour ce voyageur qui vient de l’ouest. Son ombre caresse comme le vent les touffes qui se penchent humblement devant lui quand il passe. Longue silhouette décharnée, enroulé dans une vieille couverture qui lui couvre le corps et la tête, il marche depuis longtemps sous le soleil qui brûle soulevant à chaque pied posé nu sur la piste un nuage orangé de sable et de mica.

Statue d’ibis majestueusement posé à regarder le ciel si bleu, l’homme s’est arrêté à l’ombre d’un cactus, il est assoiffé, il a marché longtemps sous le feu du soleil partant de son village là bas dans l’ouest, s’en allant vers le sud, là bas, très loin. Usant sa longue canne aux pierres des chemins, salissant son manteau aux poussières du voyage, il a le corps séché comme un vieux parchemin.

L’air est brûlant comme le feu, il vibre et fait trembler la piste torturée qui descend vers le sud, vers Fort Dauphin le village de la princesse au teint pâle, métis d’arabe et de malgache qui a séduit tant d’hommes et se plaisait à avoir des esclaves blancs.

L’homme respire lentement et resserre son bâton de pèlerin. Il n’est plus loin. Il reprendra sa route et trouvera sans peine à remplir sa gourde à l’abord de VOHIPENO un village un peu plus loin sur la piste de sable rouge, encadrée de racines. IMG_0053.JPGMais les habitants se méfie de ce « VAHINY »1 cet étranger d’ici mais du même peuple qu’eux. Ils se méfient de cette longue silhouette poussiéreuse et desséchée qui leur mendie de l’eau.

 

Ils ont peur de lui et s’enferment chez eux comme s’il n’existait pas.

 

L’air est chaud, la poussière rouge fait racler sa gorge sans salive sur des cailloux brûlant quand il demande « Rano Aza fady rano»2 mais personne ne l’entend, personne ne le voit, personne ne le veut, personne….

 

Alors ils les maudits de son ventre asséché, il se redresse droit et fort. C’est un « ANTAIMORO », il rugit une de ses flamme qui lui brûle le corps et leur prédit la pluie qui va bientôt tomber..

Une seule femme prend pitié et lui rempli son outre. Le voyageur la remercie puis de ses yeux de feu où est entré le ciel en colère et de sa voix brûlante lui dit :  « ..part d’ici femme, emmène ta famille, car là où il n’y a pas d’eau aujourd’hui, demain il y en aura beaucoup ! »

 

C’est au fond de ce lac dans les abords de Fort Dauphin, que les pécheurs parfois quand l’eau est claire, reposée et que le bleu du ciel vient s’y baigner, c’est là que parfois ils aperçoivent les toits du village que les pluies en une nuit ont submergé.

Ce village englouti d’où seule la femme qui prit pitié du voyageur assoiffé se sauva avec sa famille et fut  épargnée par les eaux.

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bon c'est pas ici mais j'aime bien la photo (lac anosy Tana city)

PS : Réalité moderne

C’est dans cette région de Fort Dauphin qu’un lac aussi, où quelques uns encore viennent faire leur besoin et malgré les effort de certains, continuent de déverser leur déchets de fosses septiques allégrement dans une eau qui est aujourd’hui pompée et sert aux besoins de la ville. Triste réalité d’un lac paisible où prospèrent quelques crocodiles qui se repaissent parfois d’une laveuse de linge. Mais la tradition imputrescible des coutumes fait circuler le bruit que si une personne se fait croquer par un crocodile, c’est que la personne a fait quelque chose qui mérite punition. Pour l’hors, insouciant car d’une pureté sans tache aux yeux du bon dieu, les gens retournent l’après midi même du drame dévoreur pour aller laver leur linge à leur tour.

 

1« étranger »

2« de l’eau s’il vous plaît, de l’eau »

14.06.2008

Bar de soir espoir

Demis ROUSSOS, Julio EGLESIAS et ouf, Florent PAGNY se succèdent dans une série de chansons d’amour qui passent en fond sonore dans la gargotte où je me suis posé.

Quatre tables carrées en bois, peintes et bancales occupent la pièce centrale où trône le coin bar grand comme une guérite, un semblant de guichet plexiglas, des étagères chargées de SAMBO, de DZAMA, de THB rouge, verte et bleue encadrent un vieux frigo qui dût être blanc et dont le flanc arbore la liste des prix.

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Tout en haut, les bouteilles de whisky, de simili et de soda en litre

, des GM, Grand Modèle comme on dit ici, sagement alignées, respirent la poussière de la rue.

 

 

 

L’ambiance est sympathique, dans l’arrière salle, perchée carrelée en haut d’une marche, une autre table rectangulaire d’où une bande de copains refait le monde en d’âpres discussions échauffées par la bière et le rhum, apaisées par les pattes de poulet qu’on grignote à pleines dents, à pleines mains.

 

Dehors le flot de voitures la file épaisse des taxis be s’est apaisé. Les odeurs de brochettes de zébu on remplacées celles des gaz d’échappement, le bruit de la foule des passants à remplacé les chuintements des autos, les klaxons, les appels des contrôleurs rabattant de la voix le possible client harassé de sa marche.

 

 

La fumée du charbon de bois à remplacé les volutes d’essence et de gaz oïl, les ombres s’étirent comme les raclement des savates sur le trottoir où les derniers vendeurs de fripes s’éclairent à la bougie et se réchauffent autour des poêles à charbon en se frottant les mains.

Dix huit heure la nuit est tombée sur Tana et pourtant il y a toujours autant de monde dans la rue.

Vendredi soir début des magnifiques.*

 

Magnifique est la lune qui d’un clin d’œil mutin éclaire les flaques d’eau aux couleurs de bitume.

Magnifique est le reflet des grosses voitures aux roues brillants miroirs tournant dans la soirée.

Magnifique les yeux écarquillés des Quatre Mi aux habits couleur de fumée

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Magnifique les habits bien lavés de ceux qui vivent dedans et qui vont « sortir »

Magnifique le sourire édenté de ceux qui vivent dehors.

Magnifiques sont ils en habit de poussière, les pieds nus sautillant sur les rives des flaques d'eau aux couleurs de lune, les cheveux mal coiffés, aux bouches toujours avides d'une simple bouchée.

 

 

 

Magnifique est le riz qui réchauffe le ventre.

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Magnifique est la vie qui coule dans le rhum.

Magnifique est la vie qui s’engouffre

Magnifique est la vie

 

 

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Magnifique toi aussi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 *la fin de semaine, le oui kaine, à Madagascar et principalement à Tananarive les vendredi soir samedi et dimanche sont appelés les magnifiques car tout le monde se fait beau pour sortir ou aller en famille.   Notes prises sur le vif au téléphone en mode sms pour les curieux qui voudrait savoir comment je me rappelle.

12.03.2008

allons

Si la misère est plus agréable au soleil,

Est ce qu’y aller change ?

Si le soleil s’en est allé

Pourquoi vouloir foncer ?

Sachant que la nuit l’on dort

Laissons nous haler

Pourquoi ces idées noires ?

Ces rêves dorés

Ces besoins de lumière

Se faire illuminer.

Halons en cœur et oublions nos idées noires