19.01.2008

nuit sans l'une

Je me voyais déjà gardien de son sommeil !

Chaque nuit débouche sur un jour de plus où je ne l’ai pas vue, pas entendue, pas touchée… Chaque jour fini par une nuit isolée où je révais.

 

Je me voyais au lever du soleil traversant les champs de pâtures clôturés.

Je revenais de la ferme avec mon bidon de lait frais, marchais d’un pas guilleret en chassant les gouttes de rosée accrochées aux brins d’herbe. Chaque pas me rapprochait de toi, plus loin là bas, encore en plein sommeil.

Je me penchais pour attraper une marguerite, un coquelicot aux pétales si doux et recouvert de perles de brume. Je me voyais les coucher sur le plateau du petit déjeuner que je te préparerai et  déposerai sans bruit bientôt auprès de toi.

Je me voyais heureux approcher de notre maison, y déposer fébrile mon manteau, mes bottes à l’entrée, en ouvrir doucement la porte et, calfeutré sous la clarté de l’aube  savourerais d’entrer.

 Je me voyais doucement passer dans la cuisine, manipuler le feu, souffler sans un bruit sur mes mains, poser une casserole, chauffer par ci, griller par là, peu à peu, pas à pas, avec l’audace et le sourire d’échafauder tout ça.

Je me voyais chargé pénétrer dans la pièce et m’empêtrer dans le tapis. J’avancerai dans la chambre, maladroit, bancale, immobile, pesterai contre le cliquetis de la petite cuillère posée en équilibre sur la soucoupe de la tasse à café.

 

Je me voyais fermer les yeux. Fermer les yeux et respirer. Respirer ton parfum de femme, les relents de la nuit mêlés à ceux de nos amours emportés par les volutes brûlantes et savoureuses de ce plateau que je poserai sans bruit tout près de toi.

 

 

Commentaires

J'aime beaucoup le rythme de ce texte créé par la répétition "je me voyais" et l'expression "perle de brume".

Ecrit par : enriqueta | 02.02.2008

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