29.01.2008

Richard

Il fumait sa clope l’air goguenard, connaissait toutes les chansons débiles qui passent à la radio, ne travaillait pas, buvait beaucoup, c’était un rasta black érémiste que je croisais souvent chez monsieur Léon une épicerie bar comme tant d’autre à la Réunion.

C’était un rasta joyeux, malin comme un singe qui a soif et vient tout de suite te parler du sujet qui t’intéresse en te demandant de lui offrir un verre.

Grand comme ça, un bonnet jaune vert et rouge pour tenir sa tignasse, pantalon de treillis et savates doigt de pied, il arborait souvent un tee-shirt à l’effigie de Bob Marley. Il n’était pas méchant, juste un peu casse pied quand il avait sa dose ou qu’il n’avait plus de pièces pour y arriver.

Il s’appelait Richard et tout naturellement la compagnie l’avait surnommé Richard cœur de lion, il faisait parti du quartier, il était là tout le temps, chantait souvent, riait bien haut.

On a retrouvé son corps à la pointe du diable, à demi dévoré par les requins, certainement une dernière ballade, un dernier rire, une dernière mauvaise plaisanterie qui n’aura pas plu à une bande de rebelles qui passait par là. C’était pas ton quartier cœur de lion, t’aurais pas du chanter Richard, ils t’ont balancé à l’eau et dans le coin la mer est mouvante les surfeurs la connaissent bien.

Tu es encore vivant ce soir Rastaman, tu es là devant moi à gigoter à me casser les pieds et les oreilles avec ces chansons débiles que tu chantais, de cette joie de vivre que je n’aurai jamais.

Chante en paix cœur de lion, tu dois être tout près de Djah à présent, essaie de ne pas trop lui casser les pieds.

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