30.01.2008

aile

Je ferme les yeux je la vois, je la touche presque du bout des doigts. Elle est superbe et magnifique, elle dort et ne veux l’éveiller, je la frôle d’un regard pour ne pas trop oser.

Qu’elle est belle !

Je n’ose plus bouger de peur qu’un souffle de vent ou même qu’un bruissement ne perturbe son rêve.

J’aime la regarder quand elle ferme les yeux et s’endort en serrant l’oreiller. Elle donne tellement envie qu’on la protège que j’en ai fait ma loi, mon chemin et ma vie.

Je l’aime !

 Bien sur qu’elle ne m’aime pas et parfois elle se donne à d’autres. J’en souffre bien plus que ça mais si je veux la garder je soupire.

La douleur passera devant l’un de ses sourires.

 Je ferme les yeux et je la vois, j’aimerai la toucher juste du bout des doigts.

29.01.2008

Richard

Il fumait sa clope l’air goguenard, connaissait toutes les chansons débiles qui passent à la radio, ne travaillait pas, buvait beaucoup, c’était un rasta black érémiste que je croisais souvent chez monsieur Léon une épicerie bar comme tant d’autre à la Réunion.

C’était un rasta joyeux, malin comme un singe qui a soif et vient tout de suite te parler du sujet qui t’intéresse en te demandant de lui offrir un verre.

Grand comme ça, un bonnet jaune vert et rouge pour tenir sa tignasse, pantalon de treillis et savates doigt de pied, il arborait souvent un tee-shirt à l’effigie de Bob Marley. Il n’était pas méchant, juste un peu casse pied quand il avait sa dose ou qu’il n’avait plus de pièces pour y arriver.

Il s’appelait Richard et tout naturellement la compagnie l’avait surnommé Richard cœur de lion, il faisait parti du quartier, il était là tout le temps, chantait souvent, riait bien haut.

On a retrouvé son corps à la pointe du diable, à demi dévoré par les requins, certainement une dernière ballade, un dernier rire, une dernière mauvaise plaisanterie qui n’aura pas plu à une bande de rebelles qui passait par là. C’était pas ton quartier cœur de lion, t’aurais pas du chanter Richard, ils t’ont balancé à l’eau et dans le coin la mer est mouvante les surfeurs la connaissent bien.

Tu es encore vivant ce soir Rastaman, tu es là devant moi à gigoter à me casser les pieds et les oreilles avec ces chansons débiles que tu chantais, de cette joie de vivre que je n’aurai jamais.

Chante en paix cœur de lion, tu dois être tout près de Djah à présent, essaie de ne pas trop lui casser les pieds.

19.01.2008

nuit sans l'une

Je me voyais déjà gardien de son sommeil !

Chaque nuit débouche sur un jour de plus où je ne l’ai pas vue, pas entendue, pas touchée… Chaque jour fini par une nuit isolée où je révais.

 

Je me voyais au lever du soleil traversant les champs de pâtures clôturés.

Je revenais de la ferme avec mon bidon de lait frais, marchais d’un pas guilleret en chassant les gouttes de rosée accrochées aux brins d’herbe. Chaque pas me rapprochait de toi, plus loin là bas, encore en plein sommeil.

Je me penchais pour attraper une marguerite, un coquelicot aux pétales si doux et recouvert de perles de brume. Je me voyais les coucher sur le plateau du petit déjeuner que je te préparerai et  déposerai sans bruit bientôt auprès de toi.

Je me voyais heureux approcher de notre maison, y déposer fébrile mon manteau, mes bottes à l’entrée, en ouvrir doucement la porte et, calfeutré sous la clarté de l’aube  savourerais d’entrer.

 Je me voyais doucement passer dans la cuisine, manipuler le feu, souffler sans un bruit sur mes mains, poser une casserole, chauffer par ci, griller par là, peu à peu, pas à pas, avec l’audace et le sourire d’échafauder tout ça.

Je me voyais chargé pénétrer dans la pièce et m’empêtrer dans le tapis. J’avancerai dans la chambre, maladroit, bancale, immobile, pesterai contre le cliquetis de la petite cuillère posée en équilibre sur la soucoupe de la tasse à café.

 

Je me voyais fermer les yeux. Fermer les yeux et respirer. Respirer ton parfum de femme, les relents de la nuit mêlés à ceux de nos amours emportés par les volutes brûlantes et savoureuses de ce plateau que je poserai sans bruit tout près de toi.

 

 

Toutes les notes